Je vous propose de retrouver avec moi les lieux et demeures qui m'ont marqué et dont je garde un merveilleux souvenir.
Le choix est bien personnel puisqu'il concerne mes origines entre le Pays Basque et l'Alsace (et Lorraine) avec une certaine idéalisation bien pratique, j'en tire le meilleurs... l'émotion, la nostalgie, le rêve et la poésie, un esprit néo-romantique...
Ce blog est marqué par l'empreinte du poète Théophile Gautier que j'admire, d'où ce titre issu du "Souper des armures", symbole manifeste de ma manière de vivre le passé et notre patrimoine.
Bonne visite.

samedi 30 août 2008




















Le plus beau palais du monde...



















Parfois, tard le soir, une envie de prendre la voiture et quitter l'Espagne, longer la corniche vers Biarritz, vers le Palais Impérial et sa lumière, à l'heure où les touristes sages s'endorment et les surfeurs se brûlent dans les boites de nuit, une envie de poésie palpable s'impose, retrouver le XIX ème siècle et le coeur du second Empire comme une urgence.
Déjà la frontière. Patiemment, Hendaye, Ciboure, Saint Jean de Luz se suivent... La nuit est quelque peu éclairée par la lune, lumière blanche spectrale. Et la mer à ma gauche est immense et dominante en bas de la falaise à pic. Les courbes de la route rythme un merveilleux décor théâtral à savoir le large et la lande. La 5 ème symphonie de Bruckner résonne dans la voiture et m'accompagne. La lumière bleutée de mon tableau de bord me rassure, seul sur la route. Il est presque minuit. Les pleins phares tanguent encore, des rafales ondulatoires de violons se font plus forts. Plus loin la Rhune, d'autres montagnes, las Peñas de Haya qui s'effacent derrière moi. Biarritz enfin!
L'Hôtel en forme de E est illuminé devant moi, le second empire aussi, on se souvient, Napoléon III et Eugénie. Je gare la voiture. J'attend la fin du dernier adagio et sort du véhicule. Je m'engage dans l'allée du Palais sous l'oeil vigilant du gardien rassuré je pense, par mes boutons de manchette en argent en forme d'aigle impérial que je ne cache pas, rehaussés par une chemise blanc immaculée, sur ma veste une discrète fleur de violette. Je m'engage dans les portes vitrées en tourniquet et me retrouve dans le Hall d'entrée. Après une demi heure de voyage dans une quasi pénombre, je suis ébloui par l'ambiance et la décoration d'époque. Reperds vites établis, les meubles noirs et or de Boulle, tapis et canapés lourds, le tout illuminé par un lustre imposant, éteignant inévitablement le XXI ème siècle qui se résout. A droite la réception... malheureusement non, je ne vais pas prendre de chambre ce soir.
D'un pas décidé, je continue tout droit vers les salons, objectif à atteindre et n'ai plus rien dans mon esprit qui importe. Les ors et la lumière, au fond les tables de restaurant au bords de la baie vitrée, derrière la mer. Ne jamais l'oublier. Ma marine compagne, parfois discrète, inaccessible et si proche. Je retrouve les canapés situés près du piano à queue. Autour de moi des gens peut-être. Un Cognac est posé devant moi, dans un verre approprié posé sur un petit papier rond dentelé, portant au centre le chiffre de Napoléon III et Eugénie de Montijo.
Le Köln Concert de Keith Jarrett se déploie sous les doigts du pianiste passionné plutôt jazzy. Je souris et pense à Bismarck qui profitant des eaux biarrotes, projetait peut-être déjà le scénario de 1870, mais ces souvenirs s'envolent et je perd pied, un semblant de syndrome de Stendhal m'agrippe. Désormais seuls comptent les ors et les lustres qui resplendissent encore. Personne ne me remarque, je perd pied encore un peu plus à chaque gorgée.










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